Parler à son cheval. Ou non.

Vous (pas mon truc) pouvez câliner votre cheval en le traitant de « bébé d’amour » et en lui faisant des bisous sur le nez, je peux faire des commentaires sur mon travail et le sien, je peux me « foutre de sa gueule » en le traitant de « trouillard » parce qu’il a fait un écart pour une branche qui a bougé à proximité, je peux aussi revenir de balade en lui demandant de « ranger sa selle, de se faire les ongles, de répondre au téléphone et de me verser une tasse de café ».

Dans ces paroles très anthropomorphiques, je me heurte au double mur, que je ne suis pas près de franchir, de son incapacité intellectuelle à seulement comprendre ce que je lui ai dit et de son incapacité physique à l’effectuer. D’ailleurs, quand, énervé par un de ses refus à traverser un obstacle (qu’il aurait sans doute franchi sans problème si je ne lui avais pas mal demandé), je transforme ma frustration en une (fausse, rassurez-vous) menace de place réservée pour lui dans mon congélateur, je ne le vois jamais se mettre à trembler comme une feuille ni me supplier à genoux de lui épargner un avenir aussi peu attractif.

De tout cela, le cheval n’a rien compris et n’a strictement rien à faire. Vous pouvez aussi bien lui réciter du Verlaine ou l’annuaire du téléphone. Ce n’est que du bruit à côté de lui, nettement moins intéressant que le bruit du vent, du chien qui aboie ou de ses congénères qui se déplacent dans le paddock d’à côté.

Pour autant, vais-je arrêter de parler tout seul quand je suis avec lui? Sans doute pas. J’évite de le faire lors d’une balade collective, pour ne pas limiter les autres cavaliers dans leur plongée dans la nature. Mais la mienne me pousse à le faire régulièrement lors de mes sorties solitaires. Et jamais mon cheval ne m’a manifesté de moindre inconfort du fait de cette manie de vieux garçon.

En même temps, si j’intercale dans ces discours, qui n’ont de sens que pour moi, des vocalises ou des bruits (claquements de langue, sifflements particuliers, « Whoo ») qui, par éducation, sont un code sonore mis en place pour une demande apprise, il réagit immédiatement. Donc il fait le tri dans le brouhaha ambiant d’un son qui a du sens pour lui et qui lui est adressé.  C’est une remarquable capacité de discrimination auditive, dont je ne suis souvent pas capable moi-même, et qui me laisse admiratif, d’autant qu’il ne réagit presque jamais, si ce code est émis par un compagnon de balade à l’intention de son propre cheval. Sûrement du fait de l’attitude corporelle associée. Mais drôlement futée quand même, la bestiole!

Alors, parler ou ne pas parler à son cheval? C’est comme vous voulez! Mais soyez conscients de la vraie valeur de ce que vous faites et de l’interlocuteur réel de votre discours, votre cheval ou vous-même. Les deux sont permis. Pas partout, cependant: certains clubs à l’esprit très militarisé sont encore très restrictifs sur ce sujet. Mais je ne les fréquente pas. Pas assez cool pour moi. Tchao.

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