Les chevaux sont-ils gentils ?

J’aimerais pouvoir vous dire que les chevaux, si forts, si rapides, si beaux, si attractifs, sont des animaux gentils. Ça ferait plaisir aux enfants, dont la réalité de la vie est quelque peu déformée par le rêve et les fictions littéraires et télévisuelles.

Mais, non. Les chevaux ne sont pas gentils. Ils ne sont pas méchants non plus d’ailleurs. Ce sont là deux notions propres à notre intellect et à notre psychisme humain.

Les chevaux sont… des chevaux ! :         herbivores, donc à classer dans la catégorie des « proies », leur instinct de survie les pousse à se nourrir, à se reposer, à se reproduire et… à fuir devant les prédateurs.

Mais, quand la fuite est impossible, leur force et leur organisation sociale en hardes leur permettent aussi de lutter farouchement et faire fuir et, parfois, de tuer leurs agresseurs. Je connais quelques chiens, hargneux et aux gueules pleines de crocs, qui ne s’y frottent plus. Ils ont appris que ces animaux ont des pattes qui se détendent vite et que leurs sabots sont durs.

Les chevaux ne sont pas gentils. Ils ne sont pas altruistes, n’ont pas le sens de l’égalité, de la justice, du partage, de la défense du plus faible, de l’entraide.

ExpositionDeux chevaux, qui semblent s’épouiller mutuellement dans la plus grande amitié tantôt, se menacent ou se castagnent avec beaucoup d’énergie maintenant, s’ils convoitent ensemble le même picotin.

L’exemple contraire paraît être l’instinct protecteur (de survie de l’espèce) dont le poulain semble bénéficier de la part de sa mère. Mais qu’il ne compte pas trop sur cet « amour » maternel. Au sevrage, avant un an si cette dernière est à nouveau gestante, il va se faire jeter comme un malpropre et il ne pourra plus compter au mieux que sur de l’indifférence.

De même, dans la nature, les chevaux faibles, vieux, fatigués, gravement blessés ou trop jeunes (si leur mère n’est plus là pour les protéger) sont progressivement distancés par la harde et destinés aux prédateurs. Le groupe ne les attend pas, ni ne les soutient, au nom d’une solidarité qui n’a pas de sens pour les animaux.

2007_0504image0004Leur instinct grégaire de survie les amène à veiller les uns pour les autres, pas les uns sur les autres. Le repos groupé est un évènement fréquent. La vigilance de l’un va servir à tous, mais ses motivations vont rester très individuelles : d’abord, soi, ne pas se faire manger.

Mais, dès que la harde s’anime un peu, dans la quête de nourriture par exemple, les individus veillent le plus souvent à se ménager une prudente distance de sécurité, quelque fois que le voisin voudrait la même touffe d’herbe et qu’il soit plus fort.

Car la relation interindividuelle chez les chevaux est basée sur la loi du plus fort ou « dominance », dans un langage comportemental qui dit clairement « Bouge de là, que je m’y mette ». Il ne s’agit d’ailleurs pas de force physique, mais surtout de tempérament, de mental et d’expérience. Dans mon cheptel, j’avais un petit Dartmoor qui ne laissait sa place à personne, alors même que les autres sont trois fois plus grands et forts que lui. Quelques coups de dents ou de sabots bien placés lui ont assuré de ses congénères un respect certain. Depuis, quand Môssieur s’avance, les autres s’écartent.

Généralement, les positions des uns et des autres étant établies plus ou moins brutalement dès le départ, les rappels à l’ordre se limitent à des menaces : croupe qui se lève sans vraie ruade, tête menaçante, dents en avant, oreilles couchées ; cela suffit le plus souvent pour que le dominé batte en retraite promptement et attende sagement à distance.

S’il insiste un peu ou beaucoup, une vraie bagarre va se déclencher, parfois avec plaies et bosses, souvent très violente et brève, aboutissant soit à la confirmation de la relation antérieure dominant-dominé, soit, plus rarement, à établir la relation inverse, mais jamais au partage de l’objet convoité après une chaleureuse poignée de mains. Ce partage là existe bien entendu : nous avons tous observé des chevaux se partager le contenu du même râtelier dans ce qui semble une très courtoise tolérance. Mais que l’appétit persiste et que ce contenu se fasse rare et la dominance va rapidement réapparaître: « Non mais, des fois!  Moi d’abord, les autres après, …s’il en reste. »

Bien sûr, le summum de cette confrontation, de l’établissement de cette relation dominant-dominé, est illustré par les combats parfois très violents, voire mortels, que peuvent se livrer deux étalons de force comparable pour la maîtrise du harem. C’est un cas particulier qui mérite l’observation à distance respectueuse.

Dans cette relation dominée par la loi du plus fort, les chevaux ne sont ni gentils ni méchants. Ils sont simplement soumis à une règle commune qui permet de hiérarchiser leur vie sociale et cette organisation permet la survie du groupe.

Dans la nature, en cas de danger, l’ensemble du groupe va rapidement réagir (et fuir ou combattre) de façon coordonnée sous l’influence des ou du dominant(s), ce dernier étant le plus souvent une jument d’expérience (la jument « alpha ») dans les hardes en liberté.

En dehors de tout danger, dans les déplacements pour la nourriture par exemple, c’est encore sur les indications du dominant que la harde se met en route, ralentit, accélère ou décide de s’arrêter.

Et aucun dominé n’aurait l’idée saugrenue, au nom d’une rancœur toute humaine qui n’existe pas chez les animaux, de n’en faire qu’à sa tête et bande à part. Les dominés font alors toute confiance aux dominants, instinctivement convaincus –et à juste titre- que l’isolement, c’est le danger, voire la mort.

Exception temporaire : l’exclusion du groupe par l’étalon dominant des jeunes mâles qui ont tenté de lui piquer sa place et qui devront tenter leur chance auprès d’une autre harde. En attendant ils peuvent se retrouver isolés ou former de petits groupes de 2 ou 3, pour survivre avec une sécurité acceptable.

 

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